Pourquoi se lever le matin quand personne ne vous attend au bureau ?

Le prix de la liberté

Cela fait bientôt trois ans que je travaille seul.

Travailler seul, c’est quitter son appart le matin en sachant que personne ne vous attend nulle part.

La journée peut se dissoudre en silence sans que ça ne fasse événement pour qui que ce soit.

Vu de l’extérieur, cela ressemble à une forme rare de liberté. Et il y a, dans cette image, une part de vérité. J’y ai trouvé un confort réel, celui de disposer de mon temps, de ne plus subir les réunions dont on ressort plus fatigué qu’en y entrant. De ne plus donner mes meilleures idées à la machine un peu abstraite qu’est parfois l’entreprise. De travailler pour ce que je crois devoir construire.

Mais cette liberté a son envers, plus discret, moins glamour.

Lorsqu’aucun cadre ne vous précède, il faut chaque jour le fabriquer soi-même. Lorsqu’aucun rythme collectif ne vous porte, il faut trouver la force de se mettre en mouvement. Et lorsqu’on ne met plus son énergie au service du projet de quelqu’un d’autre, on découvre une autre difficulté : porter seul la responsabilité du sien.

Je ne crois pas que je retournerai en entreprise.

En tout cas, pas au sens d’aller loger ma vie dans l’ambition d’un autre. J’ai sans doute trop goûté à cette forme d’indépendance pour l’oublier. Même dans ses jours plus austères, elle me semble préférable à une existence trop bien rangée dans un cadre qui n’est pas le mien.

Mais je mentirais si je vous disais que cette vie est idéale.

Elle demande une rigueur que l’on soupçonne mal quand on la regarde de loin. Elle expose à une solitude particulière : celle de devoir être à la fois celui qui rêve, celui qui décide, celui qui exécute, celui qui doute, et celui qui doit malgré tout continuer.

Au fil du temps, j’ai compris que l’indépendance n’était pas seulement une conquête joyeuse, c’était aussi un apprentissage plus ambigu. Apprendre à vivre sans tuteur visible, sans applaudissements quotidiens, sans autre preuve de sa direction que la fidélité obscure à ce qui compte pour soi.

C’est de cela que j’avais envie de vous parler aujourd’hui.

De cette liberté qui exige, de cette autonomie qui vitalise, mais qui fatigue aussi.

Des doutes souvent, des tristesses passagères, des regrets parfois, et, malgré tout, de ce sentiment devenu essentiel : celui de m’appartenir un peu plus chaque jour.

Let’s dig in!

Cet e-mail vous a été transféré ? Pensez à vous abonner gratuitement pour recevoir les prochaines publications ❤️

L’illusion de la liberté absolue

On croit souvent qu’on veut être libre.

En réalité, je crois qu’on veut surtout être libéré de certaines contraintes. On imagine mal le prix de la liberté “totale”.

Car une fois les contraintes disparues, on découvre qu’elles tenaient aussi une partie de notre vie debout.

C’est peut-être l’un des grands malentendus de la vie adulte : nous confondons facilement la liberté avec la simple disparition de ce qui nous pèse.

On rêve d’échapper aux réunions interminables, aux horaires imposés, aux discussions creuses, aux injonctions absurdes tombées d’en haut. On appelle cela la liberté. Et sur le moment, le soulagement est réel. Il y a quelque chose de presque physique dans le fait de reprendre possession de ses heures.

Puis l’on s’aperçoit que certaines de ces contraintes, si irritantes soient-elles, avaient aussi une fonction : elles découpaient le temps. Elles donnaient une forme à la journée. Elles évitaient d’avoir à redécider chaque matin ce qui mérite d’être fait, dans quel ordre, et pourquoi.

Un cadre n’est pas seulement une prison, c’est parfois une charpente.

C’est cela qu’on voit mal quand on le possède encore : une partie de notre stabilité repose sur des éléments que nous passons notre temps à critiquer.

Le bureau, par exemple, n’est pas seulement le lieu où l’on perd son temps, c’est aussi celui où une certaine mécanique du quotidien se met en marche sans exiger de nous un effort intérieur démesuré.

Il suffit souvent d’être là pour que la journée commence.

Quand ce cadre disparaît, on gagne en espace. Mais on perd en appui, comme si la liberté, après avoir d’abord ouvert les fenêtres, laissait aussi entrer un peu trop de vent.

La liberté totale flatte l’imaginaire. Dans la réalité, elle demande discipline et rigueur intérieure.

Sans cela, elle ne libère pas vraiment. Elle désoriente.

Ce qui manque vraiment

On pourrait imaginer qu’après trois ans, ce sont surtout les avantages matériels de la vie d’avant qui me feraient regretter le salariat : la sécurité d’un salaire qui tombe, le confort d’une trajectoire plus lisible, la tranquillité relative de ne pas porter seul l’incertitude du mois suivant.

Tout cela compte, bien sûr. Il y a des jours où cette stabilité me manque.

Mais ce n’est pas encore l’essentiel.

Ce qui me manque le plus, je crois, c’est le goût très simple de la satisfaction quotidienne. Celle qui consiste à faire son travail, puis à rentrer chez soi. Sans avoir à garder, quelque part dans un coin de la tête, la question du cap, de l’argent, de la suite.

On appelle ça “la charge mentale”.

II s’agit moins d’une surcharge ponctuelle que d’une petite voix constante, d’une pensée qui ne vous quitte jamais tout à fait et qui vous murmure :

Est-ce vraiment la bonne direction à suivre ?

C’est sans doute de là que naît chez moi, certains jours, un fantasme un peu étrange : celui des petits boulots.

Je m’imagine caissier, barman, livreur ou simple employé d’une énorme machine qui ignore mon existence. Des métiers fatigants, ingrats. Et pourtant, quelque chose en moi envie cette existence plus simple, non par masochisme, mais pour ce qu’elle promettrait peut-être : le luxe de ne plus décider sans cesse.

Pouvoir suivre le fil d’une tâche, s’y tenir, et s’y reposer. Avoir une mauvaise journée, peut-être, mais une journée simple. Une journée qui ne vous demande pas en permanence d’inventer sa propre justification.

Pour une fois, ne plus choisir, ne plus arbitrer, ne plus porter. Juste faire.

Choisir son fardeau

Avec le temps, j’ai compris qu’aucune forme de travail n’abolit vraiment le poids des choses.

Le salariat a ses servitudes visibles : les horaires, la hiérarchie, les réunions trop longues, l’impression parfois de prêter sa vie à une logique qui n’est pas tout à fait la sienne.

L’indépendance, elle, déplace simplement ce poids. Elle retire certaines contraintes extérieures, mais elle en ajoute d’autres, plus intérieures. Il ne s’agit plus d’obéir, mais de se conduire soi-même. Il ne s’agit plus seulement de travailler, mais de soutenir en permanence les conditions mêmes de son travail.

Autrement dit, on n’échappe pas au fardeau.

C’est peut-être cela, au fond, apprivoiser la liberté : cesser d’attendre la formule parfaite. Renoncer à l’idée qu’il existerait quelque part une vie entièrement libre, légère, réconciliée. Comprendre qu’à chaque forme de liberté correspond une forme de charge, et qu’à chaque forme de paix s’attache une part de renoncement.

Je continue parfois à envier ceux qui peuvent refermer leur journée comme on ferme une porte. J’envie cette possibilité simple : avoir fait ce qu’il y avait à faire, puis rentrer chez soi sans emporter le reste avec soi.

Mais je sais aussi pourquoi j’ai choisi cette autre vie.

Je l’ai choisie pour la marge de manoeuvre qu’elle m’offre. Pour la possibilité de construire quelque chose qui me ressemble.

Pour cette sensation de ne pas seulement gagner ma vie, mais d’essayer de l’habiter.

Je vous laisse avec ce passage de La Horde du Contrevent, inspiré des Trois métamorphoses de Nietzsche, qui me sert souvent de boussole dans les moments de doute.

En espérant qu’il vous guide à votre tour !

« Qu’est ce qui est lourd ? Demande l’esprit qui respecte et qui obéit, que je puisse, en héros, en bon hordier, porter les plus lourdes charges ».

Ainsi parle le chameau. (…) Et solidement harnaché, il marche vers son désert et là il devient lion.

Devant lui se dresse le dragon des normes millénaires et sur chacune de ses écailles brillent en lettres d’or ces valeurs et ces mots: « Tu dois. » mais le lion dit : « je veux ! »

Sauf qu’il ne sait pas encore ce qu’il peut bien vouloir, il n’a fait que se chercher un dernier maître pour le contredire, plutôt que de se rendre libre pour un devenir qu’il est encore incapable d’incarner.

Alors survient la troisième métamorphose : le lion devient enfant. Innocence et oubli, premier mobile, roue qui roule d’elle même, recommencement, jeu et l’enfant dit « je crée ».

Ou plutôt il ne dit plus rien : il joue, il crée.

Il a trouvé son Oui, il a gagné son monde.

La Horde du Contrevent - Alain Damasio (2004)

Partager

À celles et ceux qui se reconnaissent ici

Je m’appelle Kevin Pujol, je suis thérapeute psychopraticien en analyse transactionnelle et relation d’aide.

J’accompagne des personnes qui se sentent fatiguées de devoir tout porter seules : charge mentale, pression intérieure, difficultés à faire des choix, transitions de vie, perte de repères, sensation de tourner en rond malgré la volonté d’avancer.

Si ce que vous avez lu dans cet article résonne avec quelque chose de votre vie, il est possible que ce ne soit pas seulement une question d’organisation ou de motivation, mais un signal plus profond.

En séance, je vous aide à clarifier ce qui vous pèse, comprendre ce qui se rejoue, et retrouver un peu d’espace intérieur pour avancer autrement.

Je consulte en ligne tous les jours, et dans mon cabinet à Saint-Malo, du lundi au mercredi.

Prendre un rendez-vous

🎧 Montee - Duality

💌 C’est tout pour aujourd’hui !

Merci de m'avoir accordé un peu de votre temps de cerveau disponible.

Si ça vous a plu, n’hésitez pas à :

  • ❤️ Laisser un petit like sur cet article

  • 👋🏻 Me suivre sur Notes

Partager Le Bateleur

Voir les archives

Le manifeste du Bateleur

Mon offre de thérapeute

Le Bateleur en Entreprise

Cet e-mail vous a été transféré ? Pensez à vous abonner gratuitement pour recevoir les prochaines publications ❤️

Suivant
Suivant

Redéfinir la réussite